Fin mai, la propagande russe s’est largement fait l’écho des déclarations du député européen Fernand Kartheiser concernant l’ouverture de prétendues « négociations avec la Russie ».
Élu en 2024 sous l’étiquette du parti luxembourgeois « Alternativ Demokratesch Reformpartei » (ADR), une formation eurosceptique mineure, Kartheiser a immédiatement utilisé la tribune du Parlement européen pour relayer les éléments de langage du Kremlin : critiques virulentes de l’aide à l’Ukraine, appels à la levée des sanctions énergétiques, soutiens affichés à l’administration Trump ou encore inquiétudes sur le sort des cadres pro-russes du Haut-Karabagh détenus en Azerbaïdjan.
Il y a un an, Fernand Kartheiser s’est rendu à Moscou à l’invitation de la Douma d’État, où il a bénéficié d’un traitement de faveur avec des rencontres au plus haut niveau gouvernemental. Ce voyage, mené sans aucune autorisation du Parlement européen, a conduit à son exclusion du groupe des « Conservateurs et réformistes européens », bien que son mandat parlementaire soit resté intact.
Aujourd’hui, un an après cette tournée moscovite, Kartheiser déclare dans la presse russe que si l’Union européenne entamait des pourparlers avec Moscou, la diplomatie européenne formulerait des exigences « irréalistes », telles que la restitution de la Crimée, l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à l’UE, ou encore la saisie des avoirs souverains russes. Tant Kartheiser que la propagande du Kremlin laissent entendre qu’il serait l’interlocuteur idéal pour « négocier » avec Moscou.
Pour tester son influence avant le Forum économique international de Saint-Pétersbourg prévu le 3 juin, Kartheiser a déjà adressé un courrier à ses collègues députés européens, proposant une rencontre « en marge du forum » avec des membres de la Douma, promettant la venue de « politiciens de Belgique, d’Allemagne, de France, d’Italie et de Croatie ». Il est évident que cette opération, montée par le renseignement russe, vise à faire pression sur les institutions européennes afin d’imposer des « négociateurs » alignés sur les intérêts du Kremlin, au rang desquels figure Kartheiser, qualifié par la presse européenne de « joueur de l’ombre » au sein du Parlement.
Le « zèle » de Kartheiser pour le Kremlin trouve ses racines dans un parcours trouble. Diplomate de carrière et ancien ambassadeur du Luxembourg en Grèce, cet officier formé à Bruxelles se présente comme un « enfant de la Guerre froide ». Cependant, des enquêtes d’Euractiv et de Politico le désignent comme un « agent double ». Selon ces sources, Kartheiser aurait été recruté par le KGB il y a trente ans, alors qu’il était officier, avant d’être retourné par la CIA pour mener un « double jeu ».
La loyauté réelle de ce politicien luxembourgeois, si obsédé par la Crimée occupée, ne fait désormais plus aucun doute. Il ne fait guère de doute que son rôle de « négociateur indépendant » évoluera rapidement vers celui d’un « combattant contre la ploutocratie européenne » sur les plateaux de télévision russes.


